| Interview de Stephane Mercurio pour EVENE |
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Aujourd'hui, dans les prisons, il y a 1 travailleur social pour 100 détenus, voire pour 200 dans certains endroits. Psychologiquement, les personnes incarcérées se détériorent au fur et à mesure de la détention. Ceux condamnés à de longues peines sont incapables de revenir à une vie normale et les petits délinquants apprennent à faire pire. Ces femmes sont les seuls vecteurs de réinsertion potentielle. Elles sont celles qui logent le détenu à la sortie, qui se démènent pour leur trouver un boulot. Il me semble que la prison est de façon générale un enjeu important, et pas seulement d'un point de vue humaniste, d'un point de vue égoïste aussi. Au lieu de protéger la société, elle génère de la violence. Il faut que les gens se mettent dans la tête que tout détenu sort. Quand il y a des récidives horribles, on entend toujours "Pourquoi on l'a laissé sortir ?" Moi je me dis : "Tiens, c'est un type qui a commencé à 18 ans avec un vol et il finit en train d'égorger ou violer une gamine. Il a passé 10-15 ans en prison avec plusieurs condamnations et on retrouve une espèce de monstre à l'arrivée." Ca pose vraiment des questions sur la prison.
Selon les associations, la réinsertion pourrait être mieux prise en charge par l'administration carcérale sans coûts excessifs. Pourquoi la situation n'évolue-t-elle pas ?
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Quelle a été la réaction de l'administration pénitentiaire à votre documentaire ?
On sent que c'est une remise en question. Ils savent bien qu'il y a plein de problèmes avec les familles mais une partie d'entre eux ne mesure pas ce que ça signifie dans la vie quotidienne. Par le film, ils se rendent compte de l'impact de toutes ces petites choses qui leur semblent anodines, comme, par exemple, le fait de refuser un parloir pour une minute de retard. Ils raisonnent sur des critères qui ne prennent pas en compte la famille. Ils sont dans une autre logique. Comme dans toute la société, la tendance générale est la sécurité, l'enfermement, la répression.
On entend parler du parloir tout au long du film mais on ne le voit jamais. Pourquoi ?
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'A côté' permet justement de découvrir le comportement de l'administration pénitentiaire. On apprend notamment que les proches n'ont pas le droit d'apporter des livres aux détenus...
En principe, c'est autorisé s'ils sont non cartonnés. Je ne peux restituer que ce qui s'est passé à Rennes et qu'on voit dans le film. Ce détenu avait eu une autorisation pour que sa mère lui ramène des livres. Elle l'a fait une première fois mais elle s'est rendu compte qu'il fallait qu'il en demande une à chaque fois, ce qui pose problème puisqu'il faut du papier. Elle n'a pas le droit de lui en amener, il doit donc en acheter et en prison ça coûte cher. Tout est un peu kafkaïen. La demande ne peut être faite que par lui, et par écrit, ce qui n'est pas rien quand on connaît le taux d'illettrisme en prison. Il faut trouver un autre détenu qui veut bien écrire… Tout ça ne les aide pas.
Vous attendiez-vous à trouver une telle situation ?
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Ces femmes cherchent-elles à s'organiser ?
C'est très difficile pour elles d'être dans quelque chose de collectif. C'est un peu comme les chômeurs : une situation de honte dans laquelle il est difficile de revendiquer. En plus, elles appartiennent souvent à des couches populaires, donc n'ont ni Internet ni ordinateur. Ce n'est pas simple. Et puis elles sont prises dans une réalité quotidienne très difficile à gérer, en grande partie à cause de l'argent. Ca coûte cher d'avoir un mari en prison : envoyer de l'argent au détenu, se déplacer pour lui rendre visite… Il y a aussi l'indemnisation aux parties civiles qu'elles assument, sinon la personne incarcérée ne devient pas conditionnable à mi-peine.
Il est indispensable que les proches envoient de l'argent aux détenus ?
En prison, quelques petites choses sont fournies mais très peu. Contrairement à ce qu'on entend, ce ne sont pas des cellules quatre étoiles avec télévision. D'ailleurs, la télé, elle se paie une trentaine d'euros par mois. De l'avis de tous, la nourriture est immangeable, donc ils "cantinent" pour faire des pâtes ou acheter une boîte de thon. Tout est plus cher qu'à l'extérieur : les cigarettes, le savon… Il y a beaucoup de détenus qui n'ont pas du tout d'argent. Alors pour en avoir, ils deviennent l'esclave de quelqu'un, éventuellement sexuel. C'est ça être pauvre en prison.
Il y a encore beaucoup de tabous concernant la prison. Vous n'avez pas eu de mal à recueillir les témoignages ?
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Propos recueillis par Aurélie Louchart pour Evene.fr - Octobre 2008





